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Lithium : mieux connaître les expositions pour maîtriser les risques sanitaires et environnementaux

Essentiel à plusieurs secteurs d’activités, comme la fabrication des batteries de voitures ou des téléphones, le lithium voit ses usages croître rapidement. En 2020, l’Anses avait mis en évidence la toxicité du lithium pour la reproduction aux doses présentes dans les médicaments. Au terme de deux nouvelles expertises, l’Agence a montré les propriétés de perturbateur endocrinien du lithium et a constaté un manque de connaissance sur les niveaux d’exposition via l’environnement et les effets associés. Elle recommande des mesures pour collecter les informations nécessaires à la prévention des risques potentiels correspondants.

Le lithium est utilisé comme médicament, dans la fabrication de batteries de voitures et de téléphones, dans la fabrication du verre ou de la céramique, ou encore dans la composition de certains produits cosmétiques.

Face à une croissance de ses usages et l’émergence de projets d’exploitation de mines d’extraction en Europe, notamment en France, il était important de faire le point sur les risques potentiels associés à l’utilisation du lithium et leur prévention. L’Anses a donc dressé l’état des lieux des connaissances sur les effets du lithium et de certains de ses sels sur la santé humaine et l’environnement, et analysé des options de gestion réglementaire pour prévenir les risques potentiels. 

Ces travaux ont porté sur le lithium et trois de ses sels : le carbonate, le chlorure et l’hydroxyde de lithium. 

Des effets avérés pour la santé humaine et l’environnement 

En 2020, l’Anses a proposé de classer, dans le cadre du règlement européen CLP relatif à la classification, à l’emballage et à l’étiquetage des substances chimiques et des mélanges, ces trois sels de lithium comme toxiques pour la reproduction (catégorie 1A – toxicité avérée pour le développement fœtal ; catégorie 1B – toxicité présumée pour la fertilité). En cours d’examen au niveau européen, cette classification, si elle est acceptée, rendra par exemple obligatoire l’étiquetage des dangers liés à ses sels.

Les données humaines et animales montrent que le lithium a aussi des effets sur la thyroïde, relevant d’un effet perturbateur endocrinien pour la santé humaine. Par ailleurs, les données montrent que le lithium a des effets toxiques pour différents organismes aquatiques, notamment les poissons, les invertébrés, les algues et les amphibiens, y compris lors d’expositions chroniques. Par conséquent, des classifications du lithium et de ses sels dans le règlement CLP en tant que perturbateur endocrinien pour la santé humaine, et toxique pour les organismes aquatiques de manière chronique pourraient être envisagées. 

Mieux caractériser les expositions et les risques liés au lithium

Les effets reprotoxique et perturbateur endocrinien du lithium ont principalement été démontrés dans des études menées sur le lithium utilisé comme médicament, donc à des concentrations plus élevées que celles rencontrées dans l’environnement. Des effets néfastes à la suite d’une exposition environnementale ont bien été observés, mais dans un nombre limité d’études épidémiologiques. L’Anses recommande donc que des recherches complémentaires soient menées pour mieux caractériser les effets du lithium à doses environnementales.

L’Agence recommande également que les évaluations des risques réalisées règlementairement par les industriels, par exemple dans le cadre du règlement relatif aux batteries et aux déchets de batteries, prennent en compte les effets reprotoxique et perturbateur endocrinien du lithium et de ses sels pour la santé humaine ainsi que ses effets toxiques pour les espèces de l’environnement. Elle appelle à ce que toute donnée d’exposition de l’être humain et de l’environnement puisse être mise à disposition des autorités publiques

Dans le cadre de ses activités relatives à la maîtrise des dangers des substances par les règlements européens, l’Agence a par ailleurs recommandé l’exploration d’une procédure d’identification du lithium comme substance extrêmement préoccupante, une fois que la classification comme reprotoxique 1A sera intégrée dans le règlement CLP. L’objectif visé est d’inciter les industriels à fournir des données précises sur les usages et les expositions au lithium etde renforcer ainsi les mesures de protection des travailleurs exposés, en encourageant notamment sa substitution par des substances moins préoccupantes lorsque cela est possible. Il appartient à la Direction générale de la prévention des risques du ministère en charge de la Transition écologique de définir l’option de gestion que la France proposera au niveau européen sur la base des travaux de l’Agence. 

Définition de valeurs toxicologiques de référence pour évaluer les risques sanitaires

Pour évaluer les risques sanitaires, l’Anses a défini des valeurs toxicologiques de référence (VTR) correspondant à des niveaux d’exposition sans effet nocif pour la population. 

Trois VTR ont été établies pour le lithium : une valeur par voie orale de 0,02 mg équivalent lithium/kg de poids corporel/ jour une valeur par voie respiratoire de 0,05 mg équivalent lithium/m3 et une valeur interne dans le sang de 0,035 mg/L. Ces valeurs concernent uniquement des expositions chroniques sur plus d’un an. Faute de données suffisantes, il n’a pas été possible de définir des VTR applicables à l’ensemble des formes de lithium pour des durées d’exposition plus courtes, protégeant contre les risques aïgus. 

Les VTR permettront d’interpréter les données d’exposition au lithium et d’orienter les mesures de gestion, afin de protéger la population générale. 

Par ailleurs, des valeurs limites d’exposition professionnelles sont en cours d’élaboration par l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) et viendront compléter les outils de gestion des risques à disposition des employeurs.

Source : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail [ANSES], publié le 16 avril 2026

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