L’ADEME publie l’édition 2025 de MODECOM®, une étude nationale qui analyse la composition des poubelles des Français[1]. Les résultats révèlent une dynamique encourageante : la quantité d’ordures ménagères résiduelles (OMR), c’est-à-dire les déchets jetés dans la poubelle “grise” continue de baisser, de même que la quantité de déchets ménagers et assimilés (DMA) collectés séparément pour le recyclage par habitant, grâce à la progression des gestes de tri.
Malgré tout, l’étude met aussi en lumière un enjeu persistant : près de 7 déchets sur 10 retrouvés dans la poubelle « grise » auraient pu être triés ou valorisés autrement. Cette campagne MODECOM® sera désormais reconduite chaque année, et permettra ainsi de suivre l’évolution annuelle de la composition des déchets des ménages et d’accompagner les acteurs dans la transition vers une réduction et une meilleure gestion des déchets.
« MODECOM® fournit aux collectivités, aux éco-organismes et aux acteurs publics une photographie indispensable pour piloter les politiques de prévention, de tri et de valorisation des déchets. Les résultats montrent des progrès, mais aussi un potentiel majeur : réduire durablement la production de déchets, améliorer encore le tri à la source et renforcer les filières de réemploi » Roland Marion, Directeur Économie Circulaire de l’ADEME
Des progrès tangibles dans la diminution des déchets résiduels
En France métropolitaine en 2023, près de 37 millions de tonnes de déchets ménagers et assimilés (DMA) ont été collectées par le Service public de gestion des déchets (SPGD). Les ordures ménagères résiduelles (OMR) représentent 14,7 millions de tonnes, les Français ont produit en moyenne 223,5 kg d’OMR contre 252,7 kg en 2017. Cette baisse notable s’inscrit dans un mouvement de long terme : la diminution est de près d’un tiers depuis 2007 ; et les quantités d’OMR générés annuellement ont chuté de 172 kg par habitant/an depuis 1993.
Au-delà des chiffres, ces évolutions[2] traduisent plusieurs mutations profondes :
- une réduction nette des biodéchets dans les poubelles grises (-10 %), signe que le tri des biodéchets commence à produire ses effets ;
- une diminution des papiers et emballages retrouvés dans les poubelles grises (-17 %), liée à la fois à l’amélioration du tri et à l’évolution des usages (moins d’impressions, plus d’utilisation du numérique).
En toile de fond, ces tendances confirment l’impact des politiques publiques : extension des consignes de tri à tous les emballages, généralisation du tri à la source des biodéchets depuis 2024, montée en puissance des filières de responsabilité élargie du producteur.
Une marge de progression encore importante dans la poubelle grise
Malgré les progrès, la campagne MODECOM® 2024 montre que (en masse de déchet) :
- 32 % des OMR (poubelle grise) restent constitués de biodéchets, pourtant concernés par l’obligation de leur tri à la source, depuis 2024 ;
- 27 % correspondent à des déchets qui auraient dû être triés dans le bac jaune ou déposés en colonne d’apport volontaire pour les papiers et emballages (papiers, cartons, plastiques, etc.) ;
- 5 % relèvent de la collecte séparée du verre ;
- 5 % renvoient à d’autres filières de collecte dédiées (textiles, équipements électriques, médicaments…).
La part des déchets véritablement résiduels, ceux qui ne disposent pas à ce jour de filière de recyclage, et qu’il est donc normal de retrouver dans la poubelle grise, reste stable autour de 30 %. De même, la part d’erreur de tri reste également stable (environ 69%).
Une amélioration du geste de tri, portée par les nouvelles consignes
La collecte séparée multimatériaux (CSM), qui regroupe les papiers et les emballages ménagers hors verre destinés à être collectés dans le bac jaune ou les colonnes de tri, représente plus de 3,4 millions de tonnes en 2023, soit 52,8 kg par habitant, soit 10% de plus par rapport à 2017. Si la quantité totale de matériaux correctement triés demeure globalement stable, leur composition évolue sensiblement. L’étude révèle ainsi que les papiers diminuent, un effet direct de la numérisation des usages, tandis que les emballages en carton et en plastique augmentent, reflet à la fois de nouveaux modes de consommation et de la généralisation du tri à l’ensemble des emballages.
Ces éléments montrent que les Français trient mieux et davantage qu’auparavant, même si les nouvelles consignes du geste de tri (extension à tous les emballages) s’accompagnent d’une légère hausse des erreurs de tri.
La composition des flux de collecte séparée des biodéchets[3] se compose de :
- 12,5 % de gaspillage alimentaire,
- 69,4 % d’autres biodéchets alimentaires
- 1,5 % de déchets de jardin.
Une part non négligeable relève toutefois de déchets qui ne sont pas des biodéchets : 5,3 % de papiers souillés, 2,6 % d’emballages papiers, 3,3 % de sacs plastiques et 5,4 % de déchets non conformes (putrescibles, autres papiers).
Les résultats de l’enquête « collecte »[4] et de MODECOM® 2024 montrent que les déchèteries jouent un rôle central dans la collecte des déchets. Les filières bien identifiées, comme le mobilier ou les métaux, affichent déjà d’excellentes performances, preuve que lorsque l’organisation est claire, le tri fonctionne.
L’étude révèle également un important gisement de progression : une large part des déchets présents dans le Tout-Venant (75%) relève en réalité de filières REP, offrant un potentiel significatif pour augmenter la valorisation et réduire les tonnages résiduels. Ces constats traduisent des marges d’amélioration structurantes, notamment pour accompagner la montée en puissance de la filière PMCB (produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment), renforcer la lisibilité des consignes, optimiser l’organisation des sites et renforcer la formation des personnels en déchèterie. Ces actions, portées par les exploitants et les collectivités, feront des déchèteries des leviers majeurs pour améliorer la qualité des flux et accélérer les performances environnementales des territoires.
[1] Campagne de caractérisation réalisée tout au long de l’année 2024
[2] Entre 2017 et 2024
[3] Chiffres qui ne concernent pas les particuliers qui disposent d’un bac à compost
[4] Etude “La collecte des déchets par le service public en France”, octobre 2025 –La collecte des déchets par le service public en France
Source : ADEME – Communiqué de presse publié le 19 décembre 2025
