Selon les enquêtes sur les pratiques culturelles en France, la lecture de livres n’a cessé de décliner depuis 1973, en particulier chez les jeunes. La baisse s’est accélérée avec l’émergence d’internet au début des années 2000 et plus encore au tournant des années 2010 avec l’irruption des réseaux sociaux. Comment enrayer ce déclin ?
Les États généraux de la lecture pour la jeunesse ont été lancés en juillet 2025 par les ministres de la culture et de l’éducation nationale. Le 17 avril 2026, le ministère de la culture a publié un rapport qui en découle.
L’évolution des pratiques de lecture chez les jeunes
En France, les jeunes âgés de 0 à 18 ans représentent environ 15 millions d’individus.
D’après le rapport, cette population qui est loin d’être homogène (différences socio-économiques, géographiques…) traverse toutefois dans son ensemble des phases distinctes dans la relation personnelle qu’elle entretient avec le livre et la lecture.
- La petite enfance : selon une étude de 2009, 46% des parents lisent des histoires chaque soir à leur enfant.
- Les élèves du primaire : en dépit d’une légère diminution du temps de lecture, il s’agit de la tranche la plus lectrice avec le plus fort taux de gros lecteurs. Le plaisir de lire des ces jeunes reste stable à travers les différentes décennies (80-85%).
- Les collégiens : leur temps de lecture hebdomadaire est passé de 3 h 15 en 2016 à 2 h 08 en 2024 (leur temps d’écran a diminué également, mais dans des proportions moindres). La part des lecteurs de cette tranche d’âge a augmenté de 6% entre 2022 et 2024. Une rupture dans les usages intervient en classe de 4e et 3e, les jeunes abandonnent brutalement la relation qu’ils pouvaient avoir avec la lecture, surtout les garçons.
- Les 15 ans et plus : pour les jeunes de cette tranche d’âge, entre 1973 et 2018, la proportion de faibles lecteurs (moins de 10 livres lus par an) stagne, les parts des moyens lecteurs (10 à 20 livres par an) et des grands lecteurs (plus de 20 livres par an) ont diminué de moitié.
Un noyau dur de 10% d’élèves illettrés traverse « le couloir de l’illettrisme » de la maternelle à la 3e.
Comment faire de la lecture une activité privilégiée pour le temps de loisir ?
Les rapporteurs, entendent fournir une réponse concrète à la volonté affichée dans le rapport d’experts consacré aux enfants et aux écrans. Il s’agit de :
- développer une parentalité numérique raisonnée en fonction des âges (pour les plus jeunes, par exemple, encourager à la lecture du soir qui est un moment privilégié de plaisir, de détente, de renforcement du lien parent-enfant, de découverte de l’objet-livre) ;
- concurrencer les réseaux sociaux sur leur propre terrain, celui du temps et du loisir.
Pour de nombreux jeunes, la lecture est assimilée à une obligation scolaire, les bibliothèques sont perçues comme des lieux de silence.
Pour encourager la lecture, les élèves :
- proposent de dynamiser la vie littéraire de leur établissement scolaire par la création de clubs interactifs, l’organisation de rencontres avec auteurs et influenceurs, de concours ;
- souhaiteraient davantage participer au choix des ouvrages étudiés ou proposés et à la diversification et la modernisation des collections des centres de documentation et d’information (CDI) ;
- suggèrent d’intégrer des outils numériques et l’usage des réseaux sociaux pour diffuser des recommandations, lancer des défis ou organiser des événements comme des trocs de livres (avec un lien vers des démarches écologiques) ;
- proposent de connecter la lecture à d’autres formes culturelles (podcasts, films, musiques, arts plastiques)
- demandent une augmentation des aides à l’achat de livres via le « pass culture« .
De leur côté, les rapporteurs préconisent notamment :
- d’intégrer largement la littérature de jeunesse et la littérature contemporaine au temps scolaire et aux programmes à partir du collège ;
- de privilégier les manuels scolaires au format papier (favorisant l’entraînement et la mémorisation) et de rendre obligatoires et de ritualiser des moments de lecture collectifs en temps scolaire ;
- de démultiplier la présence du livre dans tous les lieux d’attente (hôpitaux, professionnels de santé, tribunaux, gares…) et de favoriser l’installation de « boîtes à livres » dans les quartiers des villes, dans les campagnes.
Source : Vie publique, publié le 23 avril 2026
Pour en savoir plus :
- Exposition des enfants aux écrans : un premier état des lieux auprès des enfants scolarisés en maternelle et en élémentaire – Vie publique, publié le 15 octobre 2025
- Les états généraux de la lecture pour la jeunesse : le temps retrouvé – Vie publique, rapport Décembre 2025
